Regards croisés : Redonner un souffle humain au conseil dans le milieu de la finance

Grégoire Denimal • 24 juillet 2026

Retour d'expérience

Introduction

Dans un monde où les chiffres semblent dicter chaque décision, comment préserver la dimension humaine du conseil, particulièrement dans les métiers rigoureux de la finance et de la comptabilité ? C'est le thème central de ce nouvel échange spontané, enregistré en mode podcast, entre trois membres de l'équipe Serendiv : Alexandra Saillour, Christophe Hermant et Grégoire Denimal. Bien que peu habitués à collaborer ainsi en visioconférence, ils partagent leurs réalités du terrain.


Ensemble, ils reviennent sur leurs missions actuelles (EDHEC, Skema, Ankama, Groupe Positive) pour explorer ce qui fait l'ADN de Serendiv : une exigence inflexible sur les fondamentaux, alliée à une posture de conseil authentique, audacieuse et profondément ancrée dans l'intelligence relationnelle.




L'interview

Grégoire Denimal : Pour introduire cet échange, Alexandra, tu as partagé une anecdote frappante concernant un retour client. Peux-tu nous en dire plus ?


Alexandra Saillour :
Oui, c’est un compliment de la Directrice Financière avec qui je travaille sur le projet, qui m’a beaucoup touchée. Au cours d’une visio, entre deux sujets opérationnels, elle m’a glissé ce message :” tu sais que tu vas rester un petit moment avec nous, on t’aime beaucoup”. Émanant d’un profil authentique, dont la franchise peut paraître abrupte ou sans détour, ce retour est d'autant plus gratifiant. Ce qui est intéressant, c’est qu'il ne porte pas uniquement sur le fond technique. Elle est très axée sur l'opérationnel et la production, mais ce compliment valorise la méthodologie projet et l’apport humain qui apaisent l’organisation. Dans un environnement cadré et rigoureux, cette reconnaissance de la valeur ajoutée relationnelle est cruciale.


Grégoire Denimal : Christophe, cela fait écho à ta vision du consultant "différent". Tu utilises souvent une métaphore culinaire pour l'expliquer ?


Christophe Hermant :
Absolument. C'est une approche que j'avais déjà en tête à l'époque d’une précédente expérience et que je déploie pleinement chez Serendiv. Pour moi, un consultant ne doit pas être une "boule de billard toute lisse", mais plutôt une "patate avec plein d’aspérités". Ce sont nos passions, notre art de poser des questions pour comprendre, plutôt que pour diagnostiquer, et notre volonté de vivre des aventures communes qui marquent notre différence. Notre objectif est de créer des relations durables où le client souhaite retravailler avec nous par envie, et non par dépendance. Nous devons impérativement rendre nos clients autonomes à la fin de chaque mission.


Grégoire Denimal : Comment parvenez-vous à conjuguer cette liberté de ton avec l'exigence des métiers de la finance ?


Christophe Hermant :
Il faut être intraitable sur les fondamentaux : l'anticipation, la gestion des risques, la communication proactive, et surtout la mise en retrait de l'ego pour ne pas rajouter du chaos dans des contextes parfois marqués par des jeux de pouvoir. Une fois ce socle sécurisé, on est totalement libre sur la coloration que chacun apporte. L'idée clé, c'est de "rendre explicite l'implicite" en listant formellement ces fondamentaux pour clarifier les attentes réciproques dès le départ.


Alexandra Saillour :
J’ajouterais que notre force réside dans notre capacité à assumer une "posture de non-sachant". En arrivant sans historique, nous bénéficions d'un œil neuf et de moins de jugements, ce qui favorise une relation plus directe et naturelle avec les équipes. Plutôt que d'imposer des solutions toutes faites, ce qui expose à des biais cognitifs de copier-coller, nous posons des questions pour valoriser le savoir là où il se trouve – chez le client. Les recruteurs recherchent souvent des profils hyper-spécialisés par secteur, comme dans le retail ou la banque, mais la véritable valeur réside dans cette posture basse qui crée une confiance mutuelle durable, facilitant la collaboration même avec des interlocuteurs initialement jugés difficiles.


Grégoire Denimal : Christophe, on parle souvent de pragmatisme opérationnel chez Serendiv, matérialisé par ta  célèbre "punchline" : "
Organiser ce qui est prévisible pour accueillir l'improbable comme un cadeau". Comment s'applique-t-elle concrètement ?


Christophe Hermant :
Prenons l'exemple de notre mission avec l'EDHEC. Nous avions préparé une grille d'évaluation très rigoureuse avec 79 exigences pour analyser quatre solutions logicielles. Face à un manque de temps des équipes clients qui partaient en séminaire, nous avons immédiatement pivoté de manière pragmatique : nous leur avons simplement demandé un podium (Top 3) avec les points forts, les zones de doutes et leurs besoins pour aller plus loin. Cela a permis de faire émerger une tendance décisionnelle claire (deux finalistes) tout en ramenant le dirigeant au cœur de ses choix stratégiques, plutôt que de s'obstiner sur un formalisme trop lourd. Le bon consultant utilise le principe de Pareto (80/20) pour faire la distinction entre la saine persévérance sur les fondamentaux et l'obstination stérile sur la sur-qualité. On évite ainsi de produire des plans projets ultra-complexes que personne ne lit, ou de tolérer des processus archaïques comme le téléchargement manuel quotidien de fichiers bancaires en plein milieu de l'année 2026 !


Grégoire Denimal : La présence sur site semble également jouer un rôle majeur dans vos réussites. Pourquoi est-elle indispensable ?


Alexandra Saillour :
Parce qu'elle seule permet de capter l'invisible et l'informel. Récemment, en me rendant physiquement dans les bureaux, je suis tombée par hasard sur le responsable de l'infrastructure et de l'exploitation, qui est d'ordinaire difficile à capter par mail, agenda ou chat. En deux minutes de discussion directe, un ticket bloquant a été résolu et le lien a été créé avec le sourire.


Christophe Hermant :
C'est exactement cela. Chez Ankama, je m'installe physiquement au milieu des équipes comptables deux demi-journées par semaine. En observant leurs rituels informels (les puzzles partagés, les bonbons, les anniversaires), on s'intègre véritablement dans leur quotidien. C'est là qu'on pratique la "transaction d'attention" : s'intéresser sincèrement à l'humain (demander des nouvelles du baccalauréat d'un enfant, par exemple) crée une solidarité inattendue qui dépasse le cadre strict du contrat. C'est grâce à cette complicité humaine qu'un 31 décembre matin, en préambule à la validation fastidieuse d'un cahier des charges, une DAF nous glisse spontanément qu'elle vient de recommander Serendiv à une de ses homologues.


Grégoire Denimal : Pour conclure, un dernier mot sur ce qui nourrit votre engagement ou les points de vigilance requis dans vos postures complexes ?


Alexandra Saillour :
Pour moi, c’est un "apprentissage effervescent". Pouvoir s'appuyer sur un écosystème d'experts au sein et autour de notre cabinet permet de ne pas porter seul le poids de la technicité métier et d'enrichir la réflexion du client. En termes de posture, la vigilance reste de mise : il faut être audacieux et proactif sans perdre son humilité, en évitant d'imposer des convictions de manière dogmatique.


Christophe Hermant :
Je résumerai cela en une "découverte féconde". Chaque mission demande de poser une intention méthodologique claire avant de réunir les collaborateurs pour donner du sens à l'action. Être consultant chez Serendiv, c’est “être fort de ses convictions, riche de ses expériences et humble dans ses propositions”.


Grégoire Denimal :
De mon côté, je perçois parfois mon rôle de consultant presque comme du "management de transition". Prendre le temps d'écouter les équipes exprimer leurs doléances face aux strates managériales directes ou indirectes est un levier puissant pour instaurer une confiance profonde, essentielle à la réussite de grands projets . Attention toutefois à ne pas accepter des doubles rôles (Chef de projet et AMOA) de manière isolée sur des périmètres trop vastes, au risque de s'épuiser émotionnellement. C’est pourquoi, on fait aussi appel à notre  écosystème Serendiv pour monter des dispositifs multi-compétences pour optimiser l'atteinte de l'objectif de notre client, avec la meilleure combinaison de ressources.



* Restitution d’un échange visio entre
Alexandra, Christophe et Grégoire réalisée avec l’aide de l’IA.



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